Nicolas ROZE

Musicien et compositeur

 

Nicolas Roze, abbé de son état, est peut-être le moins connu de nos musiciens, et il semble qu’on en ait perdu jusqu’au souvenir. Il convient donc de réparer cet injuste oubli.

Nicolas Roze. Gravure de Simon Charles Miger d’après Charles-Nicolas Cochin. Source Wikipedia

Né au Bourgneuf (S&L) en 1745, son père était épicier et greffier en la justice de Montaigu. Sa voix exceptionnelle le fait admettre dans le chœur d’enfants de la maîtrise de Beaune à 7 ans. Il va connaître là les premiers rudiments de l’art de la composition, enseignés par l’abbé Rousseau, de Dijon. Il présente de telles dispositions qu’en 1758, âgé d’environ 12 ans, il fait exécuter un motet à grand orchestre qu’il a composé, et qui attire même le public dijonnais et chalonnais. Ces amateurs tentent de le convaincre d’entrer dans la Musique du Roi, mais ses parents préfèrent lui faire terminer ses études chez les Oratoriens à Beaune puis au séminaire d’Autun où il met en musique un certain nombre de pièces. De retour à Beaune en 1767, il devient directeur de la Maitrise et crée pour les jeunes choristes un Cénacle d’enfants d’Apollon. A 23 ans, il compose une messe.

Mais il semble que le jeune abbé, déçu par le peu d’honneur que la société beaunoise fait à ses compositions, souhaite se perfectionner à Paris. D’ailleurs, il s’est lié d’amitié avec le jeune baron de Joursanvault, musicien amateur très éclairé, qui tenait fort honorablement le pupitre de premier violoncelle dans l’ensemble instrumental beaunois. Or Joursanvault est aussi à Paris, chevau-léger la Garde du Roi. A Paris, Nicolas Roze admire follement Couperin et propose ses compositions à tous les maîtres de chapelle de la capitale. Son motet Dixit insipiens est exécuté à Paris au Concert Spirituel de 1769. Il a 25 ans.

Peut-être déçu de nouveau, il accepte en 1770 le titre de maître de chapelle de la cathédrale d’Angers. Il revient cependant à Paris pour occuper les mêmes fonctions, à l’église des Saints Innocents, 1775, puis à Notre-Dame, il ne s’occupe plus désormais que de composition et d’enseignement. La Borde publie en 1780 un aperçu du système d’harmonie de l’abbé Roze, méthode qui lui procurera beaucoup d’élèves.

Pendant la Révolution, sa liberté n’est pas menacée parce qu’on le connaît plus comme musicien que comme ecclésiastique. Il accueille l’Empire avec enthousiasme et écrit en 1802 une messe exécutée en l’église Saint-Gervais, puis un motet composé pour le sacre de Napoléon dont le finale Vivat in aeternum  sera chanté dans toutes les circonstances solennelles sous le premier Empire. Bibliothécaire du Conservatoire impérial en 1807, il écrit une méthode de plain-chant pour l’instruction des élèves du Conservatoire.  C’est à cette bibliothèque qu’il lègue tous les manuscrits de ses œuvres. A la demande d’une demoiselle Cardeillas, professeur à l’hospice royal des aveugles, il compose le Requiem, considéré à ce jour comme son chef d’œuvre,  exécuté dans la chapelle des Quinze Vingts en 1818.

L’abbé Roze connaît alors une réelle notoriété. Balzac donne son nom à l’un des personnages de la Comédie Humaine, le professeur de chant le plus en vogue dans les milieux mondains.

Nicolas Roze meurt à St Mandé en 1819.

Il avait entretenu avec le baron de Joursanvault, dans sa jeunesse, une correspondance dont il est resté quelques lettres, conservées à la Bibliothèque municipale de Beaune : la première est datée de 1768 et on y apprend que Roze a été nommé maître de musique à Notre-Dame, poste qu’il convoitait. Il a alors 22 ans. L’année suivante, il monte à Paris et raconte de façon plaisante son long voyage et son dépit vis-à-vis des Beaunois, puis ses premiers contacts parisiens. Le célèbre Dauvergne l’engage à se produire dans le Concert spirituel qu’il dirige alors. En 1770, il avertit Joursanvault qu’il vient d’obtenir un poste de maître de chapelle à la cathédrale d’Angers. On y apprend ses efforts pour faire œuvre de pédagogie auprès du public local.

Yvette Darcy-Bertuletti

 

Bibliographie indicative :

FETIS (François-Joseph), Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, tome 7, Paris, Firmin-Didot, 1867, p. 502.

Lettres inédites de l’abbé Nicolas Roze, compositeur bourguignon, ancien bibliothécaire du conservatoire impérial de musique au baron de Joursanvault 1768-1770, Torino, Fratelli Bocca Editori, 1920

BRINTET (L-Ch.), « Un musicien bourguignon oublié : Nicolas Roze, incompris à Beaune, fut un des maîtres de l’enseignement musical. » Le Bien Public, 4-6-1948

Anonyme, « Compte-rendu de la conférence de M. Jeannin-Naltet à l’Académie des Sciences de Dijon sur l’abbé Roze, musicien bourguignon. », Les Dépêches, 14-11-1984

JEANNEROT (Sylvie), L’Abbé Nicolas Roze (1745-1819), maître de chapelle et bibliothècaire, thèse, Université Strasbourg 2, 1998