Jean NAIGEON (Beaune, 1757 – Paris, 1832)

ARTISTE PEINTRE

 

Jean Naigeon – qu’il ne faut pas confondre avec son quasi homonyme Jean-Claude Naigeon, également peintre et originaire de Dijon – nait à Beaune le 9 avril 1757 dans une famille d’artistes. Son frère, François (1762–1815), qu’il a vraisemblablement portraituré dans un charmant médaillon conservé dans les collections du musée des Beaux-arts de Beaune, fut également un peintre réputé dans le domaine du portrait et de la miniature. Jean suit les cours de l’Académie de peinture de Dijon. Ouverte en 1766 par le sculpteur François Devosge sous la forme initiale d’une simple école de dessin, elle draine à l’époque tous les jeunes talents. Son originalité réside dans l’organisation du concours du Prix de Rome, donnant accès à une formation artistique en Italie.

Naigeon J., autoportrait, Musée des Beaux-arts de Beaune, inv. 32-7-1

En 1778, Jean remporte le premier prix de peinture organisé par les Etats de Bourgogne, ce qui l’encourage à se présenter en 1780 avec l’autre Naigeon au concours pour le prix de Rome. Il y présente La mort de Socrate. Arrivé second derrière son rival, et apparemment très frappé par ce qu’il considère comme une grande injustice, il se rend à Paris avec son compatriote Pierre-Paul Prud’hon pour y parfaire sa formation.

En 1789, Jean Naigeon rentre dans l’atelier du peintre David, chef de file du néoclassicisme. Il y côtoie les peintres Drouais, Fabre, Gérard et Gros, tous appelés à une brillante carrière. Comme ses pairs, il se consacre à la peinture d’histoire, qui domine alors tous les genres. Il participe aux Salons de 1791, de 1793, de l’an IX (1800 – 1801) et de 1810.  Sa droiture et ses qualités morales contribuent très certainement à la reconnaissance qu’il acquiert auprès des hommes de pouvoir d’une époque particulièrement instable.

Le 28 août 1793, il est nommé à la Commission des arts et des sciences créée en 1790, et  participe ainsi à la construction d’une politique de gestion patrimoniale et muséale sans précédent. Dans cette commission où il va rester jusqu’en 1800, il côtoie son concitoyen le savant Gaspard Monge. Cette rencontre pèsera probablement sur le choix de l’artiste par la Ville de Beaune en 1811 lorsqu’il s’agira de rendre hommage au mathématicien beaunois.

En 1794, il devient le conservateur du dépôt de l’Hôtel de Nesle situé rue de Beaune (!), dans lequel sont stockées les confiscations des biens des émigrés et des condamnés. Il est chargé d’y établir les inventaires.

Le 18 janvier 1802, il est nommé conservateur de la seconde galerie de peintures du musée du Luxembourg, qui sera inaugurée le 26 juin 1803. A partir de 1818, ce musée se caractérise par des achats à des artistes vivants, ce qui fait de lui le premier musée « d’art contemporain » de France. Promu au grade de chevalier de la Légion d’honneur en 1828, Jean prend sa retraite l’année suivante. Il meurt le 22 juin 1832, victime de la grande épidémie de choléra qui sévit, laissant derrière lui un fils, Elzidor, futur peintre. Dans sa descendance familiale[1] se distingue également le peintre Félix-Jules Naigeon (Beaune, 1855–id., 1904), son arrière petit-neveu, bien représenté dans les collections beaunoises.

Le musée des Beaux-arts de Beaune conserve cinq tableaux de Jean Naigeon, deux miniatures attribuées et deux médiocres copies de tableaux représentant le couple Monge réalisées par un descendant de Gaspard Monge. En dehors de son autoportrait à la facture frémissante, il peint sans doute très tôt et du beau portrait consacré à son maître Louis David dont le modelé et la science des carnations sont convaincants, force est de constater que son style est conventionnel.

Naigeon J. Le Baron de Joursanvault dans son cabinet, Musée des Beaux-arts, inv. 886-1-5

Le portrait de Gaspard Monge réalisé en 1811 à la suite d’une commande de la Ville de Beaune témoigne d’un art académique. L’œuvre est figée dans sa monumentalité et se situe bien en-deçà de son talent. Il s’agit d’un portrait d’apparat duquel toute émotion est bannie, réunissant les signes attendus de l’homme de Science. Le modelé en est sec, l’expression figée et la mise en scène pesante. Une simple comparaison avec l’autoportrait de jeunesse déjà cité est l’occasion de mesurer l’écart entre un tableau de commande et une œuvre personnelle.

De même, dans le Portrait du baron de Joursanvault dans son cabinet peint en 1779, l’attitude du baron entouré de tous ses attributs dont sa basse est convenue et pour le moins affectée. On sent bien que l’artiste est redevable des bontés consenties par le mécène à son égard. Seul le jeune génie ailé, allégorie des arts, vient apporter une légère touche de fraicheur.

L’arrière-plan composé d’une paroi ornée de pilastres et d’une colonnade à l’esprit antique s’inscrit dans le goût du néoclassicisme hérité des cours dispensés par David. Il y manque juste l’héroïsme et la force admirables émanant de la peinture du maître.

A Paris, on peut admirer de Jean Naigeon deux bas-reliefs peints en grisaille qui sont des allégories à la gloire de Rubens et de Le Sueur, placées aux extrémités de la grande galerie du Luxembourg ainsi que Les Neuf Muses ornant le plafond de l’ancien foyer de l’Odéon. Le musée des Beaux-arts de Dijon conserve quant à lui deux peintures, Portrait de M. Sauvageot peint en 1793 et Le petit facteur, une huile non datée. Le musée de l’Echevinage de Saintes dispose d’un portrait en buste de Gaspard Monge au regard rêveur.

© Marion Leuba – Musées de Beaune

[1] Morand Louis. Une famille d’artistes, les Naigeon. Notices biographiques et catalogues de leurs œuvres. Paris, Georges Rapilly 1902.

Recommandés par le baron de Joursanvault (Beaune, 1748 – 1792), grand mécène et fin lettré[1] qui parle d’eux comme de ses fils adoptifs[2], ils sont reçus par J.C. Wille, graveur du roi Louis XVI.

[1] cf. le Catalogue analytique des archives de M. le Baron de Joursanvault contenant une précieuse collection de Manuscrits, Chartes et Documens originaux au nombre de plus de quatre-vingt mille concernant l’histoire générale de France- l’histoire particulière des provinces – l’histoire de la noblesse et de l’art héraldique Paris, J. Techener Libraire, 1838.

[2] Lettre du baron à Wille du 15 octobre 1780 dans laquelle il évoque « le génie froid » de Naigeon ; in fonds Louis Morand, 29Z190, archives municipales de Beaune.

 

Bibliographie non exhaustive :

 Notice historique sur Naigeon (Jean). Imprimerie de Vinchon, Paris 1848.

-Duplessis G. Mémoires et journal de J .C. Wille graveur du roi, publiés d’après les manuscrits autographes de la bibliothèque impériale. Vve J. Renouard, Paris, 1857. 2 vol.

-Catalogue de l’exposition « Portraits du siècle (1783 – 1883) ». Paris 1883, p.47, n°167 et 168.

-Morand L. Le baron de Joursanvault et les artistes bourguignons. Beaune 1883.

Morand L. Une famille d’artistes – Les Naigeon. Notices biographiques et catalogue de leurs œuvres. Georges Rapilly, Paris 1902.

-Quarre P. Deux élèves de l’Académie de peinture de Dijon Jean-Claude Naigeon et Jean Naigeon. In : Bulletin de la société d’histoire de l’art français, séance du 2 mars 1963. A. Colin, Paris, pp.121 à 132.

Benezit E., Dictionnaire des peintres sculpteurs dessinateurs et graveurs. Librairie Gründ, Paris 1976. T7, p.644, notice