Chagny – 71150

La première mention de Chagny apparaît sous le règne de Charles le Chauve (IX° siècle).

Le château médiéval, aujourd’hui détruit, était situé à proximité de l’église Saint-Martin. En 1369, Bertrand Du Guesclin débarrasse Chagny des Grandes Compagnies, qui avaient pris le château pour refuge et mettaient le pays en coupe réglée, en les poussant à partir guerroyer en Espagne. Une tour du XVe siècle dans la rue des Fossés toute proche, et la tour de guet du XVIIIe siècle ont subsisté aux bouleversements urbains.

Le château est détruit au XVIIIe siècle par le baron de Chagny (famille de Clermont-Montoison), pour faire place à un bel édifice surmonté d’une coupole, achevé une douzaine d’années avant la Révolution. Mais les Clermont-Montoison émigrent en 1792 et le château à l’abandon  est abattu sous le mandat du maire Loydreau en 1866. En 1889, une école religieuse tenue par les frères maristes, le Pensionnat Ste-Marie, est édifié sur cet emplacement.

L’église Saint-Martin, avec son clocher du plus beau roman clunisien, est édifiée aux XIIe et XIIIe siècles sur l’emplacement de la chapelle castrale des seigneurs de Chagny.

Eglise Saint-Martin, cliché Y. Darcy

Le Château de Bellecroix, ancienne Commanderie des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem, est situé sur la route menant à Chalon, un peu à l’écart de l’agglomération. Fondé dans le courant du XIIe siècle, c’est aujourd’hui l’un des plus anciens sites historiques de la ville. Il était muni de plusieurs tours à canonnières, d’une tour-porche à pont-levis et de douves en eau. Une belle chapelle de la fin du XIIe siècle abritait (selon l’abbé Courtépée) un reliquaire contenant un  morceau de la Vraie Croix, d’où le lieu tire son nom.

 

 L’hôpital de Chagny est fondé au XIIIe siècle par Marguerite de Vienne au lieu-dit les Ponts, pour remplacer plusieurs établissements tombés en ruine, dont une maladrerie au lieu-dit Saint-Jacques et un premier hospice. L’hôpital du XIIIe siècle est remplacé en 1700 par Charles de la Boutière, baron de Chagny, au profit d’un nouvel hospice desservi par les religieuses de l’ordre de Sainte-Marthe de l’Hôtel-Dieu de Beaune, qui resteront à Chagny jusque dans les années 1970.

La modernisation des bâtiments de l’hôpital, à la fin des années 1970, entraîne la disparition des salles communes, de la chapelle et du beffroi. Il reste la superbe apothicairerie du XVIIIe siècle et, dans la salle du conseil d’administration, les portraits des barons de Chagny Charles de la Boutière et Antoine de Clermont Montoison, son gendre, premiers directeurs de l’hôpital.

L’une des originalités de Chagny réside dans son carnaval, dont la trace remonte au Moyen-âge avec les fêtes du blé. La Mi-Carême actuelle débute en 1921 à l’initiative de deux Poilus rescapés et du Comité des fêtes de bienfaisance.

Le carnaval de la Mi-Carême à Chagny, source Internet

Un théâtre à l’italienne du XIXe siècle atteste des ambitions de Chagny, imitant ses voisines proches, Beaune et Chalon.

Ce théâtre a été récemment baptisé Théâtre des Copiaus en hommage au père de la décentralisation culturelle, Jacques Copeau, qui commença son aventure bourguignonne au château de Morteuil, tout près de Chagny.

Le canal du Centre

La fin du XVIIIe siècle est marquée par la réalisation du Canal du Centre, de 1784 à 1791/1793, avec la tranchée de Chagny qui oriente le canal vers Chalon-sur-Saône. Chagny constitue dès lors un carrefour de voies de communication.

La période contemporaine connait un important développement industriel grâce à ce canal, ouvert à la navigation en 1793,  et à la voie de chemin de fer qui est servie par une gare de triage très active, ouverte en 1849. Un centre de tri postal, une tuilerie construite en 1881 offrent de nombreux emplois.

La Maison du Peuple, témoin du passé industriel de Chagny

C’est en 1939 que la Municipalité décide, à l’initiative du Maire Louis Théo-Bretin, la construction de la Maison du Peuple pour servir de lieu de réunions aux syndicats ouvriers de Chagny. Elle va servir au fil du temps de salle de réunions, salle des fêtes, salle de sport. Entièrement remanié en 2000, l’édifice est aujourd’hui un lieu à vocation culturelle et festive.

La Maison du Peuple accueille aujourd’hui spectacles et associations.

Le déclin de la vocation industrielle de Chagny commence avec la fermeture du centre de triage ferroviaire et du tri postal. La modernisation des tuileries entraîne une très forte baisse des effectifs dans ce secteur, et l’usine de confection Pierany  ferme en 1979. Cependant, les tuileries Terrial et les Moulins Joseph Nicot maintiennent une activité industrielle.

L’activité du trafic sur le canal, devenue quasi nulle, à la fin des années 1960 avec le développement des transports routiers, est remplacée aujourd’hui par le tourisme nautique. L’attractivité de Chagny est renforcée par la présence d’un restaurant étoilé, la Maison Lameloise.

 

Chagny ou le pari de l’art contemporain

Chagny, riche en monuments  historiques, a pris le pari de les confronter à la création contemporaine, notamment lors de présentations estivales de sculptures monumentales. C’est ainsi que la pièce de Richard Serra intitulée « Octogon for Saint Eloi » est venue se placer sur le parvis de l’église Saint-Martin, le port du canal a reçu « Et sous les étoiles, le livre près de l’eau » de Laurence Weiner, la Mairie abrite un taureau signé Ingrid Michel et Frédéric Pain. Enfin, en 2012, un coq monumental signé Peter Meyers est venu se poser place d’Armes, à la place du Monument aux Morts déplacé au cimetière.

Etrange équidé av. Gl. de Gaulle

Citons encore quelques édifices emblématiques de la ville :

L’Hôtel de Ville de la fin du XIXe siècle abrite sous ses arcades un marché hebdomadaire. Plusieurs bâtiments attestent de la prospérité chagnotine à l’ère industrielle : le pensionnat Sainte-Marie, édifié en 1878-1880, le « Château Diot » construit face à la gare, la « Maison Loydreau », témoignant de l’éclectisme de son temps.

Personnages remarquables liés à l’histoire de Chagny :

– Pierre Jeannin (1540-1622), baron de Chagny, président du Parlement de Bourgogne,

– Théo Bretin (1879-1956), parlementaire sous la IIIe République, militant de la SFIO et du Parti socialiste démocratique, décédé à Chagny en 1956.

Etienne-Jules Marey (1830-1904) qui mène au domaine familial de la Folie ses expériences sur le vol des oiseaux[1]

André Lagrange, ethnographe du monde rural, né en 1909 à Chagny où son père est instituteur. Issu d’une famille de vignerons, il s’intéresse au monde viticole et réalise avec Georges-Henri Rivière d’importantes collectes d’outils et de témoignages qui donneront lieu à la création du Musée du Vin de Bourgogne à Beaune.

– Edouard Loydreau (1820-1905), médecin, archéologue et préhistorien, érudit dont la demeure garde la trace d’un éclectisme original. Il fut maire de Chagny.

 

[1] Le vol des oiseaux (1890) éd. G. Masson- Préface publiée dans La Revue scientifique du 19 octobre 1889

 

Bibliographie indicative 

 

COURTEPEE (Abbé), Description générale et particulière du Duché de Bourgogne, 1777.

BANDET (Abbé Charles-Louis), Histoire de Chagny, 1897. L’abbé Bandet fait référence aux archives de l’église et de la commune de Chagny, à la bibliothèque de Chalon, à la Gallia Christiana et aux Historiens Perry, Berthault, Gareau et Courtépée.

DESPLACES Geneviève, Chagny autrefois, Imp. Roy, Chagny, n.d., 38 p.

ROY (Maurice), Chagny et son histoire, chez l’auteur, 1984, 254 p.

BRUNOT (Charles), « La Commanderie de Bellecroix », Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône

FAUCHERE (Nicolas), GAUTIER (Delphine), MOUILLEBOUCHE (Hervé), Le Chateau de Bellecroix, ancienne commanderie de l’ordre de Malte, Chagny, 2014 – ISBN : 978-2-9543821-7-3

CHARBON (Paul), « Edouard Loydreau médecin, pionnier de la photographie et archéologue », RCBEH T. 34, 2016, pp. 157-180.

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