Carmel de Beaune

MARGUERITE DU SAINT-SACREMENT ET LE PETIT ROI DE GRACE


L’ordre du Carmel est fondé par des ermites du Mont Carmel, en Palestine, à la fin du XIIe siècle.

Evoluant vers une forme monastique, l’ordre s’installe en Europe au siècle suivant et voit sa règle réformée à plusieurs reprises avant que Thérèse de Jésus, carmélite du Couvent de l’Incarnation d’Avila en Espagne, touchée par des apparitions mystiques, n’introduise en 1562 les fondements de pauvreté, de solitude et de silence, à l’exemple des ermites de Palestine. C’est sous son impulsion que Jean de la Croix deviendra le premier carme du Carmel réformé masculin. Les couvents réformés, sous l’impulsion du Concile de Trente, se multiplient en Europe. En 1604, le Cardinal Bérulle fonde le premier Carmel réformé de France et, au cours du XVIIe siècle, 74 carmels féminins et 67 couvents masculins sont ouverts.

A Beaune, une communauté est fondée en 1619 sur l’initiative de trois sœurs, Françoise, Catherine et Marie Richard, une des plus grandes familles de Beaune. Elles obtiennent du Carmel de Dijon le principe d’une fondation à Beaune. Léonard Bataille, chanoine de la Collégiale Notre-Dame, est alors prieur commendataire du vieux prieuré Saint-Etienne, un établissement fondé au XIe siècle qui était ruiné et déserté depuis longtemps. Léonard Bataille accepte de se dessaisir de ce prieuré au profit de la nouvelle fondation. L’installation n’est pas aisée et les religieuses font face à l’hostilité des habitants et du corps des échevins, car les couvents sont alors nombreux intra-muros. Il faut une intervention royale pour que les bulles de fondation soient accordées en 1621 par Grégoire XV. Elles ne seront homologuées qu’en 1630.

Le 25 juillet 1619, six carmélites quittent le Carmel de Dijon, accompagnées de la présidente  Brûlard et de mesdemoiselles Richard, pour s’installer au prieuré Saint-Etienne qu’elles trouvent à l’état de ruine. La même année naît à Beaune Marguerite, fille de Jean Parigot et de Jeanne Bataille, deux familles notables de la ville.

Durant des années, la première prieure, Aimée Languet du St Sacrement, doit faire face à des conditions de vie très précaires et une extrême pauvreté. Les vocations sont peu nombreuses. Elisabeth de Quatrebarbes de la Trinité lui succède en 1626.

La Mère Elisabeth de la Trinité dégage peu à peu le couvent des constructions et des locataires laïcs qui s’y étaient installés et en 1654 est posée la première pierre de la nouvelle église, dotée de huit chapelles. Elle est complétée en 1657 par d’importants bâtiments monastiques.

Après la période révolutionnaire, qui voit la fermeture de tous les couvents de l’Ordre, les Carmes s’exilent ou entrent dans la clandestinité jusqu’en 1840. Cependant, des grandes figures du mysticisme carmélitain comme Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus à Lisieux et Sainte Elisabeth de la Trinité à Dijon soutiennent vigoureusement le rayonnement de l’Ordre.

A Beaune, les Carmélites s’installent d’abord dans divers immeubles avant d’acheter en 1805 une maison appartenant à M. David de Beaufort, rue du Rempart (actuelle rue Vivant-Gardin). La vie religieuse y reprend. La chambre de la prieure sert de chapelle publique. Elles sont autorisées à prononcer leurs vœux perpétuels dans cet établissement en 1830. Pendant ce temps, une caserne de gendarmerie s’est installée dans l’ancien couvent et une école occupe l’église Saint-Etienne.

Cependant, trop à l’étroit rue du Rempart et désirant un jardin, les Carmélites acquièrent une propriété très vaste rue de Chorey, où elles font édifier une chapelle, consacrée en 1837 sous le double vocable de l’Enfant Jésus et de Saint-Etienne. Les bâtiments claustraux et des annexes complètent l’ensemble. Après 164 années consacrées au culte de l’Enfant Jésus, le « Petit Roi de Grâce », les Carmélites de Beaune quittent définitivement leur couvent en 2001 non sans avoir transmis au Beaunois la continuation de ce culte ininterrompu depuis 4 siècles.

Marguerite Parigot, issue d’une famille de notables beaunois, a 11 ans lorsque sa mère meurt en 1630. Le 23 septembre, elle est conduite au Carmel où elle est aussitôt admise comme novice sous le nom de Marguerite du Saint-Sacrement. Elle prend l’habit en 1631, bien avant l’âge requis. Dès lors, malgré sa santé fragile, les visions mystiques de Marguerite et sa dévotion à l’Enfant Jésus vont alimenter la renommée du couvent des Carmélites de Beaune. Elle prédit notamment la naissance du futur Louis XIV alors qu’Anne d’Autriche désespère d’offrir un héritier à la Couronne de France. Elle meurt en odeur de sainteté le 26 mai 1648.

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Marguerite du St Sacrement et le Petit Roi de Grâce, gravure – AMB 48 Z

La Communauté des Carmélites de Beaune était amenée en 2001 à quitter son monastère pour permettre aux sœurs de se retirer en reposance dans différentes Maisons de l’Ordre. Sœur Elisabeth, prieure, et Sœur Marie-Françoise, archiviste de la Communauté, ont souhaité déposer aux Archives de Beaune tous les volumes et documents relatifs à la vie et au rayonnement spirituel de Marguerite Parigot, en religion Sœur Marguerite du Saint-Sacrement.

En effet, Sœur Marguerite du Saint-Sacrement est l’une des inspiratrices les plus importantes de la dévotion à l’Enfant Jésus, nommé à Beaune « Petit Roi de Grâce », qui fait toujours l’objet d’un culte vivant et il est particulièrement important pour la ville qui l’a vu naître d’avoir pu conserver ces précieuses archives.

Elles contiennent très peu d’écrits de la main de Marguerite du Saint-Sacrement. Elles se composent essentiellement de récits de sa vie et de ses vertus, rédigés par les Mères supérieures de son couvent ou par les prêtres de la Congrégation de l’Oratoire de Beaune. On y trouve également de multiples témoignages de ses confesseurs et de ses compagnes, recueillis en vue d’établir l’authenticité des communications célestes et de la grâce dont elle fut touchée. Les guérisons et intercessions miraculeuses qui lui sont attribuées sont également recueillies et ont fait l’objet de témoignages et d’études dans le but d’instruire son procès en canonisation.

Un important corpus de correspondances adressées à Sœur Marguerite du Saint-Sacrement ou aux Mères supérieures du couvent au XVIIe et au XVIIIe siècle complète cet ensemble qui comporte également plusieurs pièces relatives à l’histoire du Prieuré Saint-Etienne et de la Communauté des Carmélites.

Les archives du Carmel de BEAUNE sont déposées aux Archives municipales de BEAUNE, l’inventaire est consultable sur le site des Archives municipales de Beaune

©Yvette DARCY, Archives municipales de Beaune

 

Bibliographie indicative

FLICHE (Mgr), Année de l’enfant Jésus d’après les instructions de la Sœur Marguerite du Saint-Sacrementn 1866, 492 p.  – Bibliothèque municipale de Beaune, FL IV 215

(-), Histoire de la statue miraculeuse du Saint Enfant Jésus du Carmel de Beaune, Litanies du Saint Enfant Jésus, Beaune, Imp. Arthur Batault, 1902, 84 p. – Bibliothèque municipale de Beaune : FL IV 910

DEBERRE (Abbé E.), « Histoire de la vénérable Marguerite du SaintSacrement, carmélite de Beaune, 1619-1648, d’après des documents nouveaux », Paris, Libr. Poussielgue, 1907, 448 p. – Bibliothèque municipale de Beaune, FL III 967

 (-) Le Roi de Grâce : statue miraculeuse du Saint-Enfant Jésus, vénérée au Monastère des religieuses carmélites de Beaune, Côte-d’Or, augmenté de la Méthode pour réciter la Petite couronne … Beaune, Imprimerie Beaunoise, 1928 – consultable à la Bibliothèque municipale de Dijon.

ROLAND-GOSSELIN (Jacques), Le Carmel de Beaunedepuis sa fondation (1619) jusqu’à la mort de sa troisième prieure, Elisabeth de la Trinité de Quatrebarbes, Rabat, 1969, 645 p. CBEH : G 2/36 – Bibliothèque municipale de Beaune : FL III 1147

GRIVOT (Sr Marie-Françoise), « Quelques notes d’histoire du Carmel de Beaune », Recueil du Centre beaunois d’études historiques n° 4, 1983.

MOINGEON-PERRET (Geneviève), « Marguerite du Saint-Sacrement », bulletin du Centre beaunois d’études historiques n°25, sept. 1987

GRIVOT (Sr Marie-Françoise), « Correspondance de la vénérable Marguerite du Saint-Sacrement : les avatars d’une correspondance », bulletin du Centre beaunois d’études historiques n°37, sept. 1990

GRIVOT (Sr Marie-Françoise), « Les avatars du culte du « Petit Roi de Grâce au Carmel de Beaune », bulletin du Centre beaunois d’études historiques n°43, 1992.

HOURS (Bernard), « Réseaux laïques de dévotion à l’enfance autour du Carmel de Beaune : le cas parisien au 17e siècle », actes des Mouvances laïques des ordres religieux, Université de Saint-Etienne, 1996, p. 451-461. Bibliothèque municipale de Dijon.

(-) Le Roi de Grâce : statue miraculeuse du Saint-Enfant Jésus, vénérée au Monastère des religieuses carmélites de Beaune, Côte-d’Or, Beaune, Imprimerie Dupin, 1996 – consultable à la Bibliothèque municipale de Dijon et au Musée de la Vie Bourguignonne.

MORTUREUX (François), « A propos de la Vie de Marguerite du Saint-Sacrement », bulletin du Centre beaunois d’études historiques n°62, sept. 1997

GRIVOT (Sr Marie-Françoise), Marguerite du Saint-Sacrement, correspondance, lettres écrites par elle, reçues par elle et écrites à son sujet, Saint-Apollinaire, Ed. Forelle, 1997-2002, 3 vol, 1482 p. – CBEH B 2/39 (1-2), Bibliothèque municipale Beaune : FL III 1905

BLONDEL (Madeleine), « Un nouveau Bethléem : les Enfants-Jésus et la crèche du Carmel de Beaune », Arts sacrés n° 26, nov.-déc. 2013

 

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